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Dyspareunies profondes et Ostéopathie

Les douleurs pelviennes chroniques chez la femme font partie des troubles fréquemment retrouvés en consultation gynécologique (10 à 30%) et ce taux est sous-estimé en raison de la difficulté pour certaines femmes à en parler. (Marès, 2013)

La dyspareunie, qui désigne toute douleur lors du rapport sexuel, est probablement l’une des causes les plus communes de dysfonctionnement sexuel féminin. Elle peut être classée comme superficielle ou profonde. Celle profonde se définit par une douleur ressentie lors de la pénétration totale et provoquée par la butée de la verge. Elle survient pendant le rapport ou bien est ressentie immédiatement après. (Fauconnier, 2010)

Ostéopathes, elle nous intéresse tout particulièrement dans la mesure où, comme le dit très justement Martine Grimaldi gynécologue et ostéopathe dans son livre le fil d’Ariane (Grimaldi, 2014) : « une prise en charge inappropriée de ces douleurs laisse fréquemment ces femmes dans un état d’échec profond et de solitude ». Cet état les amène à consulter l’ostéopathe, souvent en dernier recours. La réalité du terrain justifie facilement la dénomination « chronique » attachée à la dyspareunie puisque le plus souvent nous les voyons après des mois voire des années de douleurs régionales pelviennes.

Chaque praticien de santé propose et développe, selon sa formation d’origine, des hypothèses différentes concernant les problèmes sexuels : le médecin peut voir ces difficultés comme liées à un problème médical, le psychologue les comprend comme intégrées à des troubles psychologiques, et l’ostéopathe comme un problème mécanique, fonctionnel. A l’évidence, la fonction sexuelle a une composante organique et biologique que la médecine va cibler. Mais l’Humain est doté d’un psychisme évolué, étroitement relié au corps. En conséquence, les dimensions psychologiques et corporelles sont indissociables et doivent être prises en compte pour une prise en charge optimale. (Chatton, 2004)

J’ai décidé de me former autour de la Santé Sexuelle et des Droits Humains pour pouvoir mieux accueillir les patients et patientes ayant des préoccupations, des difficultés liées à la vie affective et sexuelle. Et il y en a beaucoup (plus qu’on ne le pense) !!!

Je parlerai dans cet article des divers corps de métier pouvant aider ces personnes (ici plus particulièrement les femmes atteintes de dyspareunies profondes). En effet j’ai réalisé un mémoire de fin d’étude à ce sujet pour l’obtention du D.U. Santé Sexuelle et Droits Humains (2018/2019).  Il y a donc certains extraits de mon mémoire.

L’aspect médical de la prise en charge des dyspareunies profondes :

« La prise en charge des douleurs sexuelles féminines doit toujours débuter par un examen gynécologique préalable » selon Patrice Lopes, gynécologue et sexologue à Nantes.

Il est en effet établi dans la littérature que la dyspareunie profonde doit « faire rechercher une pathologie organique des organes pelviens, une endométriose, un syndrome de vessie douloureuse, des adhérences […] Le bilan de ces dysfonctions sexuelles repose avant tout sur l’interrogatoire et l’examen clinique. En l’absence d’affections organiques qui doivent être systématiquement dépistées, ces douleurs entrent dans le cadre de pathologies fonctionnelles. Elles imposent alors une démarche clinique globale prenant en compte tous les aspects de la douleur, y compris émotionnels ». (Silbert, 2010)

Effectivement, « le traitement est avant tout gynécologique, chirurgical ou hormonal lorsque nous sommes en présence de pathologies évidentes comme l’endométriose sous péritonéale profonde ou les ovaires kystiques ou encore un pelvis multiadhérentiel ». 50% des patientes endométriosiques sont touchées par la dyspareunie liée à la pénétration profonde. (Salome, 2017) Dans ce cas, ce type de traitement peut faire évoluer vers la guérison.

Néanmoins nous savons qu’une « meilleure acceptabilité est permise par les prises en charge de thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ». (CNGOF, 2011) Connaitre et traiter la cause organique des douleurs ne change pas miraculeusement les symptômes de nos patientes…

L’aspect biomécanique de la prise en charge des dyspareunies profondes :

En thérapie manuelle il est établi par certains auteurs que la dyspareunie profonde (qu’elle soit chronique ou aiguë) peut être la conséquence d’une perte de mobilité des axes physiologiques de l’utérus engendrant un rapport sexuel douloureux et parfois même une appréhension de l’orgasme. Selon Bonneau, une des causes de la « symptomatologie utérine » peut provenir autant de l’utérus que des structures anatomiques et moyens d’attaches : que ce soit local avec les ligaments pelviens et/ou à distance avec le colon, le rachis lombosacré etc. Par ailleurs le syndrome de l’intestin irritable et certaines maladies inflammatoires chroniques intestinales font partie des causes possibles de DPC. (Bourrit, 2006)

En ostéopathie, nous avançons comme hypothèse qu’une altération de la mobilité de la sphère pelvienne tant sur le plan viscéral, neurologique (structures neurovégétatives) qu’articulaire peut conduire à une exacerbation ou à une persistance des dyspareunies profondes chroniques est alors légitime. (Grimaldi 2010) C’est pourquoi il arrive parfois malgré un traitement efficace de la cause présumée des douleurs par le médecin ou le spécialiste que les dyspareunies ne diminuent pas ou bien réapparaissent. Ce phénomène accentue la déception et le désespoir de nos patientes et de leurs conjoint(e)s.

Inversement lorsque la cause des DPC est psychologique cela peut modifier l’état de tension tissulaire du système pelvien (comme une dysrégulation des fibres sensorielles) et rendre l’acte sexuel douloureux. Et cela peut persister même lorsque la cause psychologique « disparait ». (Paquereau, 2010) (Trudel, 2005)

Praticien de première intention (sans ordonnance), il est évident que l’ostéopathe doit en premier lieu savoir orienter vers le professionnel de santé adapté si le cas s’avère être nécessaire. En l’absence de contre – indications il abordera l’aspect mécanique en travaillant aussi bien localement qu’à distance sur plusieurs axes :

  • la région du rachis dorso-lombaire et lombo-sacrée (dérangement intervertébral mineur, origine radiculaire et neuro-végétative de la douleur) ;
  • le diaphragme (son positionnement, sa tonicité mais aussi un travail via la respiration abdominale, la coordination respiration/bassin) ;
  • la sphère viscérale et gynécologique (cadre colique, masse grêle, corps de l’utérus et ses attaches mais aussi les « quadrants » du périnée) ;
  • la posture (les patientes ayant des douleurs pelvi-périnéales chroniques présentent de façon significative plus de troubles de la posture que les patientes non douloureuses selon (Lacazio, 2018).
  • le bassin (sacrum, iliaques, coccyx, articulation coxo-fémorale mais aussi les haubans musculaires, tissulaires, ligamentaire qui s’y attachent) ;

L’action de l’ostéopathe peut être utile également en amont ou en complément de l’intervention éventuelle du spécialiste, en impactant positivement sur l’aspect émotionnel des patientes. Par le touché, il se crée une intimité entre la patiente et nous, dans lequel se développe une confiance qui peut l’aider à s’exprimer plus librement.

Il existe assez peu d’études scientifiques rigoureuses publiées au sujet de l’ostéopathie sur la sphère gynécologique :

  • Martine Grimaldi (18) en a réalisé une avec plus de 86 sujets en regroupant toutes sortes de dysfonctions (vaginisme, dyspareunie, dysménorrhée, endométriose) et a démontré l’efficacité de la « thérapie manuelle » par mobilisation externe du bassin et par voie interne vaginale/rectale sur ces dysfonctions.

D’autres études ont permis de placer l’ostéopathie mais également la kinésithérapie, l’acupuncture et l’électrostimulation (courant antalgique, biofeedback) comme thérapies complémentaires chez les patientes souffrant de douleurs pelviennes chroniques (mais pas spécifiquement sur les dyspareunies profondes chroniques).

A l’avenir il serait donc souhaitable d’enrichir la littérature actuelle avec des protocoles de recherche clinique visant, soit à comparer ces diverses thérapies complémentaires, soit à les développer davantage sur des essais cliniques randomisés.

L’aspect psychologique et sexologique:

« L’état psychique, la confiance, la croyance sont parfois les meilleurs stimulants de la mécanique sexuelle ». (Brune, 2012)

Pour une guérison solide et complète de la dyspareunie profonde, les plaintes d’ordre psychologique et sexologique ne doivent pas être sous-estimées : « il faut savoir déjouer le cercle vicieux qui s’installe entre la douleur à la pénétration, la réaction d’évitement vaginique et la perte de désir sexuel ». (11)

La théorie psychologique considère la dyspareunie comme « l’emblème de conflit inconscient abritant des réactions phobiques, anxiété, hostilité envers les hommes ou aversions sexuelles ». (24) La femme, dans ce contexte, semble entreprendre des rapports sexuels (RS) avec des attentes négatives. Gilles Trudel à ce sujet parle de prétexte d’évitement ou d’échappement des relations sexuelles.

Il va même jusqu’à supposer que « le processus de conditionnement à l’origine de la dyspareunie psychologique provoque effectivement une sensation de douleur aux RS et que cette douleur est renforcée par l’évitement ou l’échappement des activités sexuelles ». Il faut donc se poser la question de la dyspareunie psychosomatique comme mécanisme d’auto-défense. (Trudel, 2005)

D’autres facteurs sont décrits dans la littérature comme ayant une influence chez les femmes ayant des dyspareunies : « les facteurs de l’enfance avec une éducation parentale trop stricte ou une relation fusionnelle à la mère ; les facteurs traumatiques comme les abus et attouchements sexuels ; et enfin les facteurs relationnels comme par exemple le manque d’expérience, l’immaturité féminine, l’insatisfaction sexuelle ou encore le conflit conjugal ». (10)

Les facteurs biopsychosociaux, environnementaux mais aussi culturels ne sont pas à négliger. C’est le rôle du/de la conseillère en santé sexuelle mais également du sexologue que de faire une évaluation bio-psycho-socio-environnementale. « Même si la dyspareunie peut être considérée comme une des premières étapes dans la dysfonction sexuelle, ces autres facteurs additionnels caractérisent réellement la déficience de la santé sexuelle ». (12)

Le/la conseiller(e) en santé sexuelle ne pouvant intervenir qu’au niveau du stade de la préoccupation ou de la difficulté, il/elle laissera place à un(e) intervenant(e) formé(e) capable de prendre en charge la dysfonction et la pathologie en sexologie si besoin est.

En partant de ces constats, nous avons alors diverses procédures d’interventions possibles qui doivent être spécifiques à chaque femme pour traiter efficacement la dyspareunie profonde chronique.

 

 

 

 

 

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